Sous le ciel de Shiraz

10, 11 et 12 mars, 2022

Les contes ont toujours occupé une place importante dans la culture perse. Ces histoires sont racontées principalement à travers des poèmes qui ont inspirés des calligraphes et des peintres tout au long de l’histoire, et restent dans le cœur des gens de générations en générations, indépendamment des différents gouvernements.

L’histoire de Rostam et Sohrab, tirée du Shahnameh de Ferdowsi (le Livre Perse des Rois), est l’un des exemples les plus célèbres. Bien qu’il s’agisse d’un conte datant de plusde mille ans, nombreux sont ceux qui y trouvent des parallèles encore aujourd’hui.

En tant que peintre, Alireza Shojaian a toujours essayé de raconter les histoires non écrites à travers son art afin de leur offrir une sorte de caractère immortel. Des récits qui peuvent montrer aux générations futures les souffrances de notre époque et mettre en lumière les aspects les plus sombres de notre histoire.

Peindre sur une base possédant sa propre forte identité et son histoire n’était pas une tâche facile. Paykan est une voiture qui a fait partie du quotidien des rues iraniennes durant de longues années. Cependant, cette voiture, autrefois la fierté de la nation, est devenue au fil du temps l’un de ces taxis désuets et inconfortables.

Cette Paykan a été offerte par le Shah d’Iran au président roumain, Nicolae Ceausescu. La voiture, ayant jadis appartenu au dictateur, est aujourd’hui la toile d’une oeuvre d’art réalisée par un artiste gay en exile. Un projet qui permettra de faire entendre la voix d’une minorité opprimée dans une société gouvernée par un régime totalitaire.

Dans ce projet, Alireza a emprunté les personnages de Sohrab et Shaban des peintures de Hossein Qollar-Aghasi (1902-1966 Téhéran), afin de raconter une histoire contemporaine. Il a ainsi transformé la bataille entre ces deux symboles nationaux en un moment romantique à l’avant de la voiture, qui se déroule dans un jardin persan, sous le ciel étoilé de Shiraz, comme immortalisé dans tant de miniatures persanes. Sur les deux côtés de la voiture, nous avons la scène de leur mort, résultat de leur amour interdit. Sur la gauche, la scène de la mort de Sohrab, réferrant à l’article 234 du code pénal de la République islamique d’Iran (qui prévoit la peine de mort en cas de relations homosexuelles entre hommes). Sur la droite, la figure de Shaban renvoie à l’histoire de Alireza Fazeli, un homosexuel de 21 ans, décapité par les hommes de sa famille en 2021 à Ahwaz en Iran. Malheureusement, il existe des centaines d’histoires similaires dont personne n’entend parler.

L’objectif de ce projet est de faire la lumière sur le dilemme des droits LGBTQ+ en Iran. Ce sujet a été maintes fois rejeté par le gouvernement et négligé par la société iranienne, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Dans la mesure où le mythe selon lequel l’homosexualité origine de la culture occidentale existe au Moyen-Orient, afin d’éviter l’utilisation de tout symbole occidental, Shojaian n’a pas intégré un arc-en-ciel dans son oeuvre mais plutôt un iris, la fleur représentant Iris, la déesse qui a créé l’arc-en-ciel.